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Fabio, quand vous avez remporté à deux reprises le championnat d’Espagne, lorsque vous aviez 14 et 15 ans, il est certain que vous rêviez déjà de remporter le titre en MotoGP. Pouvez-vous nous dire comment vous vous êtes frayé un chemin jusqu’à cet objectif ?

« Quand j’ai remporté ces deux premiers titres, l’étape suivante était d’être sacré en Moto3, mais je n’ai même pas réussi à décrocher la moindre victoire dans cette catégorie. Puis est venu le Moto2, où j’ai essayé de regagner un peu de confiance, ce qui s’est avéré être un fiasco lors de la première année, mais ça a été déjà bien mieux lors de la seconde. »

« Nous avions alors remporté deux courses, même si l’une d’entre elles m’avait été retirée sur tapis vert [Fabio Quartararo s’était imposé en Catalogne puis au Japon en 2018, mais ce dernier succès avait été annulé par la Direction de course en raison d’une pression de pneu illicite, ndlr]. A ce moment-là je ne m’attendais pas du tout à faire le grand saut en MotoGP, alors qu’en Moto2 malgré mes victoires j’étais tout de même loin du titre. »

« Lorsque j’ai participé à mes premiers essais à Valence à la fin de l’année 2018, je me suis vraiment demandé ce que je faisais sur cette moto. Je ne pouvais tout simplement pas piloter, car il y avait trop de puissance, alors que maintenant c’est moi qui me plains de ne pas en avoir assez ! La progression a été lente mais toujours dans le bon sens. »

« La première journée nous avions fini à trois secondes du meilleur temps, puis deux secondes, et la dernière journée à Jerez nous avions terminé à huit dixièmes… Puis à Sepang lors des essais de présaison ce fut difficile, mais ensuite au Qatar nous avons réalisé un énorme pas en avant qui nous a portés en deuxième position. »

« A partir de ce moment je savais que les choses s’annonçaient plutôt bien. Par la suite la saison 2019 s’est bien déroulée, et maintenant nous sommes Champions du monde. Je ne sais pas quoi dire de plus, je pense que je vais seulement commencer à réaliser ce soir. »

Quel rôle a joué votre famille dans votre périple jusqu’au titre de Champion du monde ?

« Je suis le genre de personne qui n’aime pas spécialement avoir beaucoup de gens autour de moi, quand bien même ce sont des membres de ma famille. Mais cette fois-ci je voulais les avoir à mes côtés pour sentir tout leur soutien. »

« Aujourd’hui ce doit être la première fois où j’ai vraiment eu du mal à manger le midi. Dans ce genre de journée vous accumulez beaucoup d’adrénaline, et une fois que l’épreuve est passée tout cela redescend et c’est un coup de massue ! Mais le fait de les avoir ici, c’est génial. Mon frère est venu avec sa femme, et ils vont faire aussi le voyage à Portimão, où l’ambiance devrait être bien plus tranquille, avec notamment beaucoup moins de pression. »

Aujourd’hui vous êtes le meilleur pilote au monde. Mais peut-on dire que la Yamaha est la meilleure moto du MotoGP ?

« Je ne sais pas, car je n’ai pas encore essayé la Honda, la Ducati ou autre pour pouvoir comparer. Si on regarde les autres pilotes et les différents commentaires qui sont émis ici et là, il semblerait que non, mais pour moi tout fonctionne bien car nous sommes Champion du monde. »

« Il est certain que nous devons encore travailler, car pour être honnête j’ai d’excellentes sensations avec la moto, mais je rencontre des difficultés dans beaucoup de domaines. Cela dépend des pistes, et par exemple ici c’était très difficile. Si nous bénéficions d’un peu plus de puissance je pense que nous pouvons avoir la meilleure moto du plateau. »

Ces dernières années vous avez radicalement changé votre approche de la course. Pouvez-vous nous dire comment cela s’est passé ?

« Cela a été une démarche plutôt naturelle. Cette année je n’ai jamais vraiment été en colère. Mais l’an dernier je me souviens qu’à Valence la moto ne fonctionnait pas du tout et quand je suis revenu au garage, j’avais eu un ton assez péremptoire envers mes ingénieurs. L’un d’eux m’avait dit que j’étais énervé, mais que malgré cela je me devais de leur dire ce qui n’allait pas. »

« Là j’avais réussi à me raisonner et je me suis rendu compte que quand vous êtes en colère vous n’êtes pas en mesure de bien décrire vos problèmes. A titre de comparaison je me souviens que cette saison à Assen nous étions une demi-seconde derrière Maverick Viñales [qui faisait alors encore partie de l’équipe Yamaha], et là j’avais réussi à garder mon calme et au bout du compte nous avions réussi à nous imposer. »

« Quand vous voyez que quand vous parvenez à rester calme vous arrivez à ce genre de résultats, alors cela vous dissuade complètement de vous énerver par la suite. La leçon que j’en retiens est de rester calme en toutes circonstances, même dans les mauvais moments car c’est comme cela qu’on s’en sort. »

« Savoir garder mon sang-froid m’a permis de beaucoup progresser, et c’est pourquoi cette année j’ai réussi à rester calme, comme hier quand j’ai fini 15e des qualifications. Par le passé j’aurais très bien pu me mettre à crier, mais là j’ai été honnête envers moi-même : Je n’ai pas essayé plus que cela d’être en Q2, et en plus de cela j’ai été sanctionné, voilà tout. Il n’y a pas eu de vagues et au final 24 heures plus tard me voici Champion du monde. »

Propos recueillis sur « Paddockgp »