Sélectionner une page

Fabio, à quel point le dépassement au premier virage a été crucial pour vous ?
Fabio Quartararo : « Je ne m’attendais pas être aussi régulier et rapide en course. Le rythme était bon mais n’était pas extrêmement rapide, et bien sûr le départ a été super important. Ma stratégie était de faire au moins cinq tours sans attaquer à la limite, mais en attaquant fort. Aux virages 3 et 4, nous savons que ce sont deux virages où globalement, je ne dirais pas que 50 % de la dégradation du pneu a lieu là, mais je faisais très attention, et bien sûr c’était super important d’être régulier. Quand j’ai vu l’avance après quelques tours, c’était formidable. »

Quand vous menez avec une telle avance, est-ce difficile de garder la concentration ?
« Quand vous menez comme ça, la course est super longue et vous pensez à des choses auxquelles vous devriez pas penser sur une moto, des choses vraiment stupides (rires). Je m’attendais à avoir un peu plus de bagarre, mais j’étais bien : quand j’avais une avance d’une demi-seconde au premier ou deuxième tour, j’étais bien et personne n’allait me doubler dans la ligne droite. Je suis très heureux et c’est quelque chose de vraiment bon pour le championnat. »

À quel point était-ce agréable de célébrer la victoire avec tellement de fans français que l’on se serait cru au Mans ?
« Oui, c’était super ! Au Mans, je n’ai pas eu la possibilité d’être sur le podium mais on se serait cru en France, ici. C’était donc super d’être là, avec Johann, deux Français sur le podium, et c’était super d’entendre La Marseillaise, l’hymne national français. C’était vraiment bon et je pense que tous les fans ont été heureux. Tous les trois, nous n’avons plus de bottes donc je pense que les fans ont ramené de beaux souvenirs à la maison. »

Cela a aussi été une journée importante pour le championnat, puisque beaucoup de vos adversaires ont rencontré des problèmes aujourd’hui…
« Oui, c’était important, mais vous savez, le Mugello et ici étaient deux circuits qui étaient difficiles, principalement à cause de la ligne droite. Mais je savais que si nous pouvions faire une bonne base, nous pouvions être très rapides dans les virages. Maintenant, bien sûr, certaines courses dépendront beaucoup de ce qui se passera dans le premier tour, mais avoir été premier au premier virage a été un vrai avantage pour nous. »

Comment savez-vous que la course est terminée ?
« Quand le drapeau à damier est sorti ! (Rires). »

Álex Rins est furieux contre les commissaires et la direction de course, et ne comprend pas pourquoi Takaaki Nakagami n’a pas été sanctionné. Il demande le remplacement des commissaires qu’il juge incompétents. Qu’en pensez-vous ?
« Je ne veux pas avoir de problèmes mais… po po po po po po… que puis-je dire, que puis-je dire ? Selon moi, les décisions doivent être prises bien plus vite, avant que quelque chose arrive ! Ce qui s’est passé en Moto2 à Portimão était inacceptable. Quand il pleut, il ne faut pas attendre de savoir si cela va s’arrêter ou pas : il pleut, nous sommes avec des pneus slicks. C’est un exemple mais d’une façon générale, à chaque fois que quelque chose arrive, ils prennent une décision, et je pense que prévenir est toujours mieux. »

Limiter les dégâts quand tout n’est pas parfait, est-ce une façon de gagner le championnat ?
« Oui ! Je pense que c’est la façon. Bien sûr, faire premier, deuxième, premier, deuxième, ne sera pas facile car il y a des adversaires vraiment très durs. Au Mugello, je ne pouvais pas gagner. Je me sentais un peu plus rapide mais nous perdions beaucoup en accélération et en vitesse de pointe. Ici, je m’attendais à ce que la vitesse de pointe soit bien pire, mais avec la descente, je sentais que la moto n’était pas mauvaise. Au Mugello, quand nous prenions la montée, la moto était vraiment basse en tours/minute alors qu’ici c’était bien mieux avec la descente. Donc je pense que la meilleure des façons est d’essayer d’être plus régulier. Bien sûr, je souffre car je me sens à la limite tout le temps, mais je me sens très bien sur la moto. C’est une situation très similaire à celle de l’année dernière : je pilote à mon meilleur niveau mais je me sens beaucoup plus en confiance que l’année dernière, donc je pense que je progresse à chaque fois que je monte sur la moto. »

Quel niveau de risque devez-vous prendre au départ, puisque vous dites qu’après la troisième vitesse la Yamaha perd par rapport aux Ducati ?
« J’ai pris un très bon départ, pas mon meilleur mais je pense que Aleix et Pecco ont fait un peu moins bien que moi. Dans le passé, quand j’étais premier au premier virage, je ne savais jamais où freiner, et quand quelqu’un freine au premier virage vous savait que vous avez une petite marge. Mais Aleix a freiné vraiment tard et j’ai freiné plus tard et très fort : j’ai pu prendre le virage un peu élargi, mais je me suis très bien défendu au virage 2. Mais je prends beaucoup de risques (rires). »

Vous êtes très fort au freinage, en utilisant l’arrière pour ralentir la moto, même si la faible adhérence ne favorise pas cela. Où trouvez-vous autant de vitesse ?
« Au freinage (rires) ! Quand même au freinage. Quand nous avons les gommes XX, je me sens super fort. Ici, nous avions ça. Globalement, là où nous gagnons beaucoup de temps, c’est en freinant sur l’angle et en utilisant l’adhérence à l’arrière. Ici il y a beaucoup de freinages droits donc nous utilisons beaucoup le pneu avant. Au virage, vous freinez vraiment longtemps en étant droit et c’est une question de puissance et de feeling dans le pneu avant, et je les avais bien. Donc je pense encore que j’ai gagné du temps sur les freinages : virages 1, 4, 5, 10… je me sentais super fort. Dans les deux derniers virages, je n’étais pas super rapide avec les pneus neufs, mais j’étais très régulier avec les pneus usés. »

Vous parlez des risques que vous prenez au départ pour atteindre le premier virage, mais prenez-vous aussi des risques lors du premier tour pour avoir un tel rythme ?
« J’ai pris des risques car je voulais m’échapper, mais je savais que si je ne pouvais pas, au bout de cinq tours… Mon objectif était d’attaquer fort pendant cinq tours mais je savais que si ces cinq tours n’étaient pas très bons, je perdrais beaucoup de performance sur le pneu arrière. Mais heureusement ça a fonctionné. »

Concernant ce qui s’est passé au premier virage, cela a été considéré comme un incident de course. Qu’en pensez-vous ?
« Ce n’était pas un incident de course ! Car vous n’attaquez pas autant. Pecco était deuxième et Nakagami était loin, alors comment peut-il arriver et toucher la roue de Pecco avec la tête ? Ce n’est pas un incident de course ! Je pense que dans le premier tour, nous devons tous être conscients que nous pilotons de grosses motos dont le poids minimum est de 160 kg, et si vous êtes heurté par une moto comme ça, vous pouvez mourir. Et au premier tour, le départ est l’endroit le plus dangereux pour nous : après le premier tour, il y a moins de risques ! »

Avez-vous déjà commis une erreur comme Aleix a fait aujourd’hui ?
« Heureusement, non. »